"Alexandre s'est dirigé dès 15 ans vers des études en arts appliqués, et réussi le concours du lycée Maximilien Vox. Après 3 ans d'études (et 92 carnets de croquis, si mon compte est bon) il a intégré la section graphisme des Gobelins, l'école de l'image, dont il est sorti major en 1996. A cette époque lointaine où l'on donnait un an de sa vie à l'armée, il a servi comme graphiste au secrétariat général de la Défense Nationale.


L'histoire aurait pu s'arrêter là mais le Cinéma des Armées (actuel ECPAD) l'a rattrapé après un bref passage à la BNP et il a rejoint cette maison prestigieuse dans laquelle Raymond Depardon, Cartier-Bresson, Costa-Gavras ou Claude Lelouch ont fait leurs armes de photographe ou de réalisateur.


Le Fort d'Ivry est un monde à part, dont on ne sait jamais tout - confidentiel défense. Les réalisateurs et reporters d'image rapportent des théâtres d'opération de multiples portraits et décors, parfois terribles, mais parfois pacifiés. De l'Afghanistan à l'Algérie en passant par la Chine, Alexandre propose des mises en page sobre laissant la part belle aux paysages et à leur puissance onirique. Il croise Pierre Schumacher, Alain-Charles Beau, et d'autres créateurs qui le sollicitent pour un storyboard, l'habillage de leurs films ou encore la retouche de documents d'archives.

 

Les contrats se succèdent et lui permettent de créer des graphismes pour des documentaires, des productions en réalité virtuelle, des expositions, et aussi des films de communication... en presque 20 ans au service de la France. Il pratique en parallèle la photographie, traquant chaque texture ou forme architecturale, même en pleins congés, et rangeant soigneusement ses trouvailles dans sa banque d'images qui, avec lui, voyage chaque jour de la maison au travail. S'il n'est pas en train de revoir un de ses films cultes (cette fascination pour le Bon la Brute et le Truand..), c'est qu'il a allumé Arte, National Geo ou Ushuaïa TV.

 

Il se passionne enfin pour les univers fantastiques dont il collectionne les artbooks, World of Warcraft en tête, mais aussi Studio Ghibli, Assassin's Creed ou encore Eve Online, et seconde des réalisateurs de court-métrage comme Greg Dassie et Jeff Balek. Ses mondes sont peuplés d'essences végétales zoomorphes, de dragons ou d'insectes comme ceux qu'il cherchait assidûment avec son père, Yves Gomy, entomologiste français spécialiste des histeridae. Pour finir ce portrait, je n'oublie pas cette petite touche maniaque, celle qui vous fait dire pudiquement qu'"il a le sens du détail", écho à son trait appuyé et précis, celle qui associe à chaque plat un stylisme culinaire, même le soir tard après une journée de travail, qui lui fait toujours remodeler son espace de vie pour créer un décor intimiste.


Ce portrait ne fait vraiment honneur à son sens de l'humour et je ne sais pas si vous le verrez dans ses dessins, mais j'espère que vous aurez l'occasion d'en rire, en chair et en os, avec lui."


L'Haÿ-les-Roses, le 13 mars 2019, Pauline Kimmel-Gomy